
Hvitur & Kubii est un trio Electro-Pop parisien connu de l'underground mais encore, pour seulement quelques temps je pense, méconnu du grand public. Ces créateurs d'ambiances et de saveurs sont des artistes à la démarche introspective, à la patte reconnaissable et à la technique presque irréprochable. Ils viennent de mettre dans les bacs virtuels leur nouvel opus, entièrement fait maison, "Everything beautiful cannot be retained with wings" et se sont prêtés au jeu de l'interview pour AudioBusters.
Tout d'abord, comme l'indique le titre de votre premier album « We are a trio », vous êtes trois. Pourquoi alors un nom suggérant que vous êtes un duo ?
Matthieu : Malgré son nom, Hvitur & Kubii, qui comporte deux mots séparés par le symbole "&", est une entité dont le nom n'a rien à voir avec ses membres ou le nombre de ceux-ci. On est trois mais on pourrait être dix que cela ne changerait rien.
4 ans après votre précédent album, vous revenez avec « Everything... », est ce que ce sont 4 années de travail intensif ou plutôt des phases dispersées sur cette période ?
Julien : Le travail sur le deuxième a commencé dès la sortie du premier album puis pour des raisons diverses le groupe est resté en stand-by pendant quelques années et le travail sur ce disque a véritablement commencé en septembre 2008.
Si vous deviez, chacun, définir le disque avec 2 adjectifs, lesquels choisiriez-vous ?
Florence : Onirique, mélodique.
J : Faussement naïf, réfléchi.
M : Mélancolique, construit.
Il y a deux fois le mot « dead » et 2 fois pluie/rain dans les titres des chansons, est ce le signe d'une évolution de votre style vers quelque chose de plus sombre ?
M : En effet, même si le premier album commençait par un titre qui s'appelait "I don't wanna die", l'atmosphère de ce disque est moins naïve et enfantine que précédemment sans pour autant sombrer dans une véritable noirceur. Les thèmes développés tournent souvent autour de l'anormalité, ce n'est pas quelque chose qui a été calculé au départ mais petit à petit un fil conducteur s'est imposé, certains personnages naviguant d'une chanson à l'autre et trimballant ainsi leur singularité tout au long du disque.
Niveau influences, si on devait considérer que cet album est le résultat du passage à la centrifugeuse de 5 disques, lesquels seraient ce ?
The sophtware slump de Granddady, Finally we are no one de Mùm, Haha sound de Broadcast, 10 000 Hz Legend de Air et Magical mystery tour des Beatles.
Les interventions d'artistes invitées sont sincèrement excellentes. Pouvez vous nous parler des featurings ? Pourquoi avez vous choisi ces chanteuses ?
F : Pour chaque chanson, le but était de trouver la personne susceptible de rendre justice à celle-ci. Certaines chansons ont été d'abord essayées avec nos propres voix, sans succès, on a donc cherché autour de nous des personnes qui pouvaient amener quelque chose de plus dans ces chansons et que ce soit Lisa Papineau ou Anabel's Poppy Day, elles se sont vite imposées comme une évidence et ont même dépassé nos espérances.
Les illustrations ne sont pas en reste non plus. Comment l'idée est elle venue et comment s'est passé la réalisation des dessins ? Avez vous donné des indications sur ce que vous vouliez comme résultat ?
M : On a souhaité travaillé avec Fabrice Lebeault car son dessin nous semblait correspondre à l'esthétique qu'on voulait pour ce disque. On lui a donc raconté l'album et il a répondu à nos désirs en l'interprétant à sa manière. On est ravi du résultat.
L'album est très cohérent en termes d'ambiances et de sonorités. Quel était le concept initial ? Comment s'est fait le choix des morceaux ?
J : Le choix des titres s'est fait d'une part pour leurs qualités musicales à nos yeux mais aussi par souci de cohérence et de construction de l'album. Le concept est venu au fur et à mesure et a guidé la création des personnages et l'écriture des paroles. Quant à la cohérence en terme de sonorité, c'est pour le coup beaucoup moins réfléchi, l'existence depuis maintenant 5 ans du groupe ayant permis de dégager petit à petit une signature sonore.
Il y a 12 titres sur l'album mais à la base vous en aviez combien ? Y'a-t il un bootleg des chutes de prévu ?
M : Au départ, 25 titres plus ou moins finis étaient à notre disposition. Très vite une petite vingtaine de chansons s'est imposée nous faisant envisager un double album. La réduction à 12 titres ne s'est effectuée que très tardivement au final et même si ce n'était l'objectif de départ, cette concision nous parait évidente aujourd'hui. Quant aux titres laissés sur le carreau, certains sont restés en chantier, on ne sait pas trop ce qu'il adviendra d'eux, d'autres sont terminés et se trouvent déjà sur une compilation de faces B.
Vous avez sorti un coffret collector, qu'est ce qu'on trouve dedans ? Peut on encore l'acheter ?
F : Ce coffret contient les deux albums officiels du groupe dont le dernier ainsi que la compilation de faces B évoquée plus haut et enfin un quatrième disque sur lequel on retrouve un univers plus instrumental, électronique et moins pop que le reste des chansons du groupe. Pour autant, ces titres nous paraissaient intéressants et formaient un tout. Ensuite l'idée du coffret, c'est aussi pour se démarquer dans le monde de l'autoproduction et ainsi proposer quelque chose d'original. Ce coffret est toujours disponible à la vente mais cela reste une édition limitée alors dépêchez vous !
Quand j'ai entendu que vous ne démarchiez pas de labels, j'ai cru que c'était une blague. Pouvez vous expliquer le pourquoi du comment et nous dire si c'est toujours le cas ?
J : Il n'y a rien de vraiment intentionnel là dedans. C'est un plus un état de fait. Mais il est vrai l'autoproduction nous convient bien aussi, nous laissant ainsi libre pour tous les choix artistiques. Maintenant, il est sûr que l'album étant sorti, on est ouvert à toutes propositions permettant de faire vivre ce disque.
Êtes vous distribués en numérique ?
J : Oui, la société Believe nous a contacté au moment du premier album et se charge toujours aujourd'hui de la distribution numérique sur toutes les plateformes. Maintenant, nous restons attaché à l'objet et c'est aussi pour cela que nous avons décidé de sortir un coffret pour ce disque.
On ne vous connait pas encore en tant qu'individus. Voici une petite série de questions rapides afin de vous cerner un peu mieux :
Meilleur album de tous les temps, tous styles confondus ?
F : Funeral d'Arcade Fire
J : Blue album de Weezer
M : Pet sounds des Beach Boys
Pire album ?
F : Renan Luce
J : Renan Luce
M : Le dernier Muse
Meilleur album dans un style totalement différent de ce que vous écoutez habituellement ?
F : Suite Africaine : Romano, Texier, Sclavis
J : Symphonie du nouveau monde de Dvorak
M : Les Fabulettes d'Anne Sylvestre
Plus grand film ?
J : Bienvenue à Gattaca
M : No country for old men
F : Morse
Livre préféré ?
J : La Trilogie des tripodes de John Christopher
M : Tous les Alice de la bibliothèque verte
F : Tous les livres de Patrick Bowen
Plat favori ?
J : Couscous
M : Poulet frites
F : Tartiflette
Personnalité la plus appréciée ?
M : Jean Rochefort
J : Gordon Ramsay
F : Ariel Wizman
Personnalité la plus détestée ?
M : Ségolène Royal
J : Valérie Damidot
F : Nadine Morano
Revenons au disque et à sa conception. Quel est votre setup instruments physiques et virtuels ?
En instruments physiques : une guitare électrique Duesenberg et une Fender, une acoustique Gibson, un piano électrique Wurlitzer, un toypiano et un Sequential Circuits Six-Trak.
En instruments virtuels, la plupart des basses ont été réalisées avec Trilogy. Les samples de batterie viennent de différents plugs. De nombreux synthés virtuels ont été aussi utilisés avec une préférence pour l'ImpOSCar de G-Media.
Pour le mixage, vous faites ça comment et avec quel matos ?
J : Le séquenceur utilisé est Cubase SX et le mixage a été fait dessus. Soit en utilisant les effets intégrés soit avec des VST externes tels les Voxengo ou des freeware comme Ambience. On dissocie assez rarement l'arrangement et le mixage en réalité. Le mixage fait partie de l'acte de création pour nous. Cela nous permet d'expérimenter toutes sortes de chose.
Et ce mastering fait maison, ça s'est passé comment et avec quels outils ?
M : Cela nous a pris beaucoup de temps, nous considérons que c'est là l'essentiel, de prendre du temps pour ainsi avoir du recul sur le résultat final. Pour cela de nombreuses écoutes sur des systèmes différents, de l'autoradio pourri à la chaine hifi haut de gamme, ont été faites nous obligeant souvent à revenir sur des détails. Au niveau des outils, le PSP Vintage Warmer a souvent été utilisé comme compresseur de mastering alors que ce n'est pas sa fonction première, pour le reste, Ozone 4 nous a beaucoup servi.
Qui fait quoi comme instruments ?
F : Tout le monde fait un peu de tout, il n'y a pas de rôles attitrés.
Quel est le processus de la création d'une chanson ?
J : Il n'y a pas UN processus, chaque chanson est différente mais en général, l'un de nous amène une idée déjà assez aboutie qui va servir de base à un travail commun par la suite.
Sur « La vie est une... », il y a de l'auto-tune. Est ce que c'était pour prouver qu'on peut l'utiliser sans provoquer des envies irrépressibles de front kicks ? N'avez vous pas pensé que ça pouvait être risqué tant il y a de personnes qui ont développé une allergie à cet effet ?
M : Il a été utilisé à l'origine pour sa fonction première, c'est à dire la correction de la justesse car beaucoup de voix qui s'entremêlent exigent une justesse parfaite. On s'est rendu compte par la suite que l'effet était audible. On a cherché à corriger ça mais le résultat n'était pas convaincant donc on l'a laissé tel quel. Ce n'est donc pas une volonté initiale, c'est plus le hasard qui a donné ce résultat.
Pourquoi un morceau fait-il référence à Catherine Frot ?
M : Je suis tout simplement totalement fan de cette actrice et c'est après avoir vu "Le crime est notre affaire" que j'ai décidé d'écrire une chanson sur elle.
Quels sont vos projets immédiats ?
J : Assurer la promotion de cet album et pourquoi pas trouver un distributeur puis ensuite le défendre en live. Live qui nous pose beaucoup de soucis, on essaye de trouver la formule magique pour retranscrire l'atmosphère du disque sur scène.
Si vous deviez donner envie à quelqu'un qui ne vous connait pas d'écouter votre disque, que lui diriez vous ?
J : Satisfait ou remboursé !
Propos recueillis par Number-6 le 18 septembre
2009.
Lien MySpace : http://www.myspace.com/hviturkubii
Crédit photos : Benjamin BRETTE - http://www.flickr.com/photos/solcarlus
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